Citroën : Le grand écart parfait entre l’OVNI urbain et le paquebot familial
Quand les passionnés d’automobile rêvent, ils s’imaginent souvent au volant d’une supercar biplace, moteur central, rouge pétant ou orange vif. Mais soyons réalistes deux minutes : la vraie vie, ce n’est pas ça. Le quotidien exige de l’espace, de la polyvalence, des places assises et une efficience redoutable. C’est exactement là que Citroën frappe fort aujourd’hui, en assumant pleinement deux visions de la mobilité qui semblent opposées mais répondent aux vrais besoins d’aujourd’hui : la micro-citadine décalée avec l’Ami, et le cocon familial avec le C5 Aircross.
On a coutume de dire qu’on ne choisit pas sa famille, mais on peut désormais choisir son Ami. Lancée en France au printemps 2020 après avoir fait tourner quelques têtes sous forme de concept au Salon de Genève, cette petite voiturette électrique sans permis cible un public très précis. Les citadins purs et durs, évidemment, mais surtout les plus jeunes. Accessible dès l’âge de 14 ans avec un simple BSR ou permis AM, ce drôle de cube asymétrique s’inspire lointainement de la mythique 2CV, mais troque les rondeurs d’antan pour un design ultra-pragmatique.
Avec ses dimensions riquiqui de 2,41 x 1,39 x 1,52 m et ses 490 kg sur la balance, c’est un bonheur pour se faufiler partout, d’autant que son rayon de braquage plafonne à 3,6 mètres. Ne vous fiez pas à sa petite bouille campée sur quatre roues de 14 pouces et ses portes à ouverture antagoniste. L’habitacle, bien qu’épuré à l’extrême, surprend par sa luminosité grâce à d’immenses surfaces vitrées. L’agencement en décalé des deux sièges offre une vraie sensation d’espace aux épaules et aux jambes pour deux adultes. Côté équipements, la marque va à l’essentiel et fait l’impasse sur l’écran central. C’est votre smartphone, solidement fixé sur une pince au centre de la planche de bord et couplé à l’application My Citroën, qui fait office d’interface.
Sous le plancher, la fiche technique va droit au but. Une batterie de 5,5 kWh alimente un moteur de 6 kW, ce qui vous propulse à 45 km/h. La législation l’impose pour les voitures sans permis, mais c’est amplement suffisant pour son terrain de jeu exclusif : la ville. Vous profitez en prime de l’accélération instantanée de l’électrique. Les 70 km d’autonomie couvrent sans transpirer les 54 km quotidiens qu’avalent en moyenne les Français, et une simple prise domestique 220 V suffit pour refaire le plein d’énergie en trois heures.
Pour s’offrir cet ovni, le constructeur a dépoussiéré la distribution avec des tarifs agressifs. La version de base Ami Ami s’affiche à 6 900 euros (hors bonus écologique de 900 euros). La gamme s’étoffe ensuite avec un deuxième niveau de finition à 7 300 euros (My Ami Grey, Khaki, Blue ou Orange) intégrant des filets de rangement, un crochet pour sac, des tapis de sol ou encore un dongle Bluetooth. Ceux qui cherchent un look plus affirmé se tourneront vers la finition Pop à 7 800 euros, reconnaissable à son aileron et ses stickers, ou la version Vibe à 8 260 euros, jouant la carte du chic avec des barres de toit. Des formules de location longue durée dès 19,90 euros par mois existent (après un premier loyer de 3541 euros), tout comme l’autopartage via Free2Move : comptez 0,26 euro la minute, 12 euros l’heure, 40 euros la journée, ou un abonnement mensuel à 9,90 euros.
Si l’Ami excelle dans le micro-trajet urbain, la vraie vie exige parfois de voir les choses en grand, surtout quand la famille s’agrandit. C’est là que le C5 Aircross entre en scène. Il porte de lourdes attentes sur ses épaules car, tradition maison oblige, le plus gros modèle de la gamme Citroën se doit d’être le roi incontesté du confort.
Fini le bon vieux diesel : l’époque est à l’hybridation. Cette version mild-hybrid s’appuie sur un trois cylindres turbo de 1,2 litre développant 145 chevaux en puissance cumulée. Le tout repose sur l’excellente plateforme STLA Medium de Stellantis, partagée notamment avec les Peugeot 3008 et 5008. Esthétiquement, le langage stylistique actuel de la marque s’exprime tellement mieux sur les grands gabarits. Le C5 Aircross a vraiment de la gueule.
Mais c’est en ouvrant la portière que le SUV prend tout son sens. C’est une machine taillée pour choyer ses occupants et elle tient toutes ses promesses. Les sièges sont un pur bonheur, rendant la perspective d’un long trajet très désirable. La position de conduite est haute sans donner l’impression désagréable d’être perché sur le toit, et l’espace est tout simplement royal à l’avant comme à l’arrière. L’habitacle flatte la rétine avec des finitions en tissu qui apportent une vraie touche de modernité, tandis que les plastiques, même les plus durs, sont bien assemblés et ne laissent échapper aucun craquement parasite. Côté aspects pratiques, le coffre engloutit la bagatelle de 651 litres.
Sur le plan technologique, le statut de porte-étendard est assumé avec un écran tactile de 13 pouces, réactif et aux graphismes soignés. On pourrait toujours pester contre le tout-écran et réclamer quelques boutons physiques supplémentaires sur la planche de bord, mais Apple CarPlay tourne comme une horloge.
Volant en main, ce C5 Aircross annonce la couleur d’entrée de jeu : il n’a absolument aucune prétention sportive, et c’est justement son meilleur argument. Les ingénieurs français ont eu le nez creux en assumant un amortissement résolument souple, faisant de ce grand format un croiseur de longue distance au raffinement sonore excellent. Contre toute attente, il garde même une agilité surprenante quand il s’agit de naviguer en ville.
Mettre ces deux véhicules côte à côte dresse finalement un portrait assez juste de la démarche actuelle de la marque. D’un côté, on optimise le moindre centimètre carré avec malice pour les ados et les hyper-urbains ; de l’autre, on déploie le tapis roulant pour avaler les kilomètres en famille avec un sens de l’accueil irréprochable.